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Alimentations durable : nous devenons ce que nous mangeons

L'Alimentation Durable

L'adage « Nous devenons ce que nous mangeons » nous renvoie à une vérité essentielle : nos choix alimentaires impactent non seulement notre santé, mais aussi notre relation à la planète et notre manière d'interagir avec l'environnement. Si cette phrase trouve un écho dans de nombreuses cultures et philosophies, elle prend un sens tout particulier dans le contexte actuel de crises et de recherches en nutrition. L'alimentation durable, qui vise à concilier santé, environnement et équité sociale, apparaît aujourd’hui comme une réponse éthique à l'une des questions clés de notre époque : comment nourrir une population mondiale croissante sans détruire notre planète ?


L’Impact des choix alimentaires sur la santé

La santé humaine est directement liée à notre alimentation. Hippocrate, des centaines d'années avant notre ère, insistait déjà : "que ton aliment soit ton médicament". La nutrition du XXIème siècle, avec ses excès de sucres, de graisses saturées et d'aliments ultra-transformés, a des conséquences alarmantes : obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, et aussi cancers. L’approche de l’alimentation durable intègre ces enjeux, en favorisant une consommation de produits moins transformés, issus de l’agriculture durable et de circuits courts.

L'alimentation durable ne repose pas uniquement sur des choix individuels, mais sur une vision systémique. L’idée est de revenir à une approche de la nutrition qui respecte les équilibres écologiques et les cycles naturels. Selon une étude publiée dans The Lancet (1) en 2019, l’adoption d’un régime alimentaire durable, principalement végétal, pourrait non seulement prévenir des millions de décès dus à des maladies chroniques, mais aussi réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre.


Une question de choix écologique et éthique

L’alimentation durable va au-delà de l’aspect nutritionnel. Elle repose sur une conception éthique de la relation entre l’homme et la nature. Selon la philosophe et écologiste Vandana Shiva, "le droit à une nourriture saine et équitable est indissociable du droit à un environnement sain." La surconsommation de produits d’origine animale, l’exploitation intensive des sols, la déforestation pour l’agriculture industrielle et l’utilisation massive de pesticides ont un impact dévastateur sur l’environnement. En choisissant de consommer des produits locaux, bio, de saison, et en réduisant sa consommation de viande, chaque individu devient, en plus d'être responsable de sa propre santé, un acteur de la préservation de l'habitabilité de la Terre..

Le philosophe Michel Serres a souligné l'importance de cette relation symbiotique entre l’homme et son environnement. Dans Le Contrat Naturel, il propose une vision de l'humanité qui doit prendre en compte sa place au sein de la nature ; Serres appelle à l'élaboration d'un contrat naturel - qui complèterait le contrat social établi entre les hommes - contrat qui nous permettrait de vivre en symbiose avec le monde qui nous abrite.. Ainsi, "nous devenons ce que nous mangeons" signifie que ce que nous mangeons influence non seulement notre propre organisme, mais aussi la planète entière, et par extension, l’équilibre de toute forme de vie. Une pensée totalement en accord avec les sagesses des peuples premiers ...


Le défi d'une alimentation durable pour tous

L'un des grands défis de l’alimentation durable est d’arriver à concilier équité et accessibilité. Les produits alimentaires issus de l'agriculture biologique et des circuits courts peuvent parfois être perçus comme des produits de luxe, inaccessibles aux populations les plus modestes. Pourtant, la recherche a montré qu’un modèle agricole basé sur la permaculture, qui privilégie des pratiques agricoles régénératrices et locales, peut également être économiquement viable. De plus, les populations modestes sont aussi les plus exposées aux discours marketing vantant des produits industriels

La notion de justice alimentaire, développée par des chercheurs comme Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, implique de repenser les systèmes alimentaires mondiaux. Un modèle durable et juste doit garantir l'accès à une alimentation saine et de qualité pour toutes et tous, indépendamment des conditions socio-économiques. De plus, il doit tenir compte des spécificités culturelles et des habitudes alimentaires locales, afin d'éviter l’homogénéisation des régimes alimentaires mondiaux au profit de quelques grandes industries alimentaires.

Et j'ajouterai, sans perdre l'une des fonctions premières le l'alimentation, partager et (se) faire plaisir.

Pari impossible me direz-vous ? Certes, il va falloir changer certaines de nos habitudes, et changer c'est loin d'être facile. Mais être en forme, savoir exactement quel est le contenu de nos assiettes, avec quoi nos enfants grandissent, qui nous soutenons avec les choix que nous faisons, que nos engagements permettent de préserver notre cadre de vie et au delà les équilibres planétaires pour les générations futures ... tout ça mérite bien de se lancer dans l'aventure de nouvelles habitudes non ?


Crédit photo : fietzfotos


Alors que faire concrètement ?

La question de la durabilité alimentaire invite à repenser nos modes de consommation au quotidien. Plusieurs stratégies sont possibles pour aller dans cette direction :

  1. Réduire la consommation de produits animaux : Les produits d’origine animale sont responsables d’émissions de gaz à effet de serre et de dégradation des sols (2). La réduction de leur consommation, voire leur élimination dans certains cas, peut avoir un impact considérable sur la réduction de notre empreinte carbone. À titre d’exemple, une étude de l’Oxford Martin School a estimé qu’une réduction de la consommation de viande de 50 % au niveau mondial pourrait permettre de diminuer de 30 % les émissions liées à l’alimentation.

  2. Favoriser les produits locaux et saisonniers : Manger local et de saison permet non seulement de soutenir les producteurs locaux, mais aussi de réduire les émissions liées au transport des produits. Cela s’inscrit dans une logique de relocalisation des systèmes alimentaires, permet de retisser du lien social, de savoir comment c'est produit, dans quelles conditions, etc.

  3. Adopter des pratiques de cuisine simples et équilibrées : L’alimentation durable implique également une remise en question des modes de consommation actuels. La cuisine maison, basée sur des produits frais, non transformés, est une manière de reconnecter les individus à leurs choix alimentaires et à leur environnement. Alors oui, il faut de la volonté, surtout quand on connaît les méthodes des industriels pour nous manipuler (voir mon article sur le point de félicité).

  4. Soutenir des systèmes agricoles durables : L’agriculture biologique, la permaculture et d’autres modèles agricoles régénérateurs favorisent la biodiversité, préservent les sols et réduisent l’utilisation de produits chimiques. Soutenir ces initiatives à travers nos choix de consommation peut avoir un impact significatif. Eh oui, la balle est encore dans notre camp !

  5. Changer progressivement et faire ce qui est à notre portée : Changer c'est s'inscrire dans la durée, modifier à vie des habitudes, et pour que cela fonctionne (pour que cela soit durable), il est nécessaire de bien comprendre les enjeux, d'être connecté à des affects suffisamment puissants, que cela fasse sens et ne nous impose pas une nouvelle source de stress.


Une philosophie de vie : Devenir ce que l'on mange

Au-delà de la question pratique, « devenir ce que nous mangeons » peut être perçu comme un appel à une révision profonde de notre rapport à la nature. La pensée écologique contemporaine et les sciences de la nutrition nous enseignent que l’alimentation est au cœur de la construction de notre identité collective et individuelle. Nous nous nourrissons de ce que la Terre nous offre, mais dans cette relation, nous devons aussi veiller à préserver ce don.

La philosophe Simone Weil, dans ses écrits sur la nécessité de se relier à ce qui est essentiel, aurait sans doute vu dans cette prise de conscience un chemin vers une forme de sagesse collective. "L'homme se nourrit d'abord de ce qu'il pense, et ensuite de ce qu'il mange", écrivait-elle. Ce lien entre la pensée, l'alimentation et le lien au Vivant se fait de plus en plus manifeste, et l’alimentation durable peut être considérée comme un acte de pensée consciente.


En définitive, l’alimentation durable nous invite à repenser notre rapport au monde et à notre propre corps. En choisissant consciemment ce que nous mangeons, nous devenons pleinement acteurs de notre santé, et aussi de la santé de nos écosystèmes et par là même de la santé des générations futures.


Sources

  1. Food in the Anthropocene: the EAT–Lancet Commission on healthy diets from sustainable food systems

    Willett, Walter et al.

    The Lancet, Volume 393, Issue 10170, 447 - 492

  2. Le bilan carbone de l'élevage. Août 2024. INRAE (lien) >> un dossier intéressant, avec toutes les nuances pour aborder ce type de thématique complexe, sujet à polémique.

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