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Primula veris

Les oiseaux ont entamé leurs symphonies, la terre se réchauffe, les jours rallongent. La nature, comme un repère rassurant dans l'humanité chahutée, nous offre le retour du printemps. Tout passe, et l'hiver nous rappelle que les ténèbres aussi ne durent pas.

Avec le renouveau du printemps j'ai envie de vous présenter mes voisines, d'ici (en Chartreuse) et peut-être d'ailleurs (selon mes vadrouilles). Les plantes sont des êtres vivants, c'est pourquoi je préfère parler de voisinage et non d'herbier. Et au delà de mentionner leur emploi (nous les humains, nous aimons utiliser, employer, donner un nom et une utilité à toute chose !) j’essaie d'imaginer quels peuvent être les rôles de ces plantes dans leur environnement, une forme de phytosociologie très personnelle :-)


Alors je commence par la "première", primula venant du latin "primus" qui signifie justement "premier". Tout comme son nom vernaculaire, son nom commun, primevère qui vient de prima vera, formée de prima, « premier » (au féminin), et de vera, "printemps". Plus spécifiquement nous allons aujourd'hui rencontrer le coucou, ou Primula veris, la primevère officinale. Elle est aussi appelée oreille d’ours, herbe à la paralysie, ou encore herbe de Saint-Paul.


Description

Elle appartient à la famille botanique des Primulaceae. C'est une plante vivace, qui va donc refleurir chaque année. Il existe de très nombreuses primevères horticoles, décoratives, de différentes couleurs, dont je ne parlerai pas ici. Gardez en tête que les plantes sauvages et les plantes horticoles n'ont pas les mêmes propriétés, et que certaines primevères cultivées pour colorer un jardin peuvent être toxiques. Vous verrez très souvent aussi la primevère acaule (Primula acaulis) qui présente les mêmes propriétés que le coucou.


A la sortie de l'hiver, les feuilles forment une rosette, elles sont de couleur vert clair, et apparaissent comme froissée, plaquées au sol. Puis une tige apparaît au centre de la rosette et va donner un groupement de fleurs qui sont toutes attachées au même point. Les fleurs sont gamopétale, c'est-à-dire que les pétales de couleur jaune sont soudées, et on peut voir 5 taches oranges réparties tout autour de la fleur. La partie verte de la fleur est le calice, gamosépale, en forme de tube. Commune en France dans les bois clairs, les prés et pâturages, les clairières, sur les talus, elle fleurit de mars à mai ; elle est plus rare dans l'ouest et en région méditerranéenne.

Les principes actifs de la primevère sont des glycosides phénoliques (primulavérine), des flavonoïdes (antioxydants : rutine, quercétine, etc.) et des saponines (savons naturels) dont l’acide primulique, la privérogénine B et l’anagalligénine A. Les saponines seraient à l’origine des propriétés expectorantes et diurétiques de la primevère.


Usages

Elle est surtout utilisée pour ses propriétés expectorantes (favorisant l’élimination des sécrétions bronchiques) en cas de rhume, de bronchite ou de sinusite ; elle est également utilisée comme diurétique dans les infections urinaires.

La primevère est également proposée pour soulager les migraines et les maux de tête, les troubles du sommeil, l’anxiété et les tremblements. Elle est parfois utilisée contre les crises de goutte, les crampes d’estomac et les vertiges. De plus, dans de nombreux pays européens, les feuilles broyées sont appliquées sur les contusions.

Pour simplifier, les fleurs sont utilisées pour calmer le système nerveux, et les racines pour le système respiratoire.

L’Agence européenne du médicament considère comme « traditionnellement établi » l’usage de la primevère officinale comme « expectorant dans les toux associées aux infections respiratoires ». Elle recommande d’en réserver l’usage aux adultes et aux enfants de plus de douze ans. Le mélange feuilles de thym / racine de primevère (réservé aux adultes) constitue une association efficace contre la toux en cas de rhume.

Les fleurs sont utiles pour redonner de l'énergie au système nerveux lorsque l'on a "trop tirer sur la corde", mais également en cas de stress aigu en association au tilleul et à l'aubépine. Pour le sommeil, nous les associerons à d'autres plantes calmantes comme le tilleul là encore, ainsi que l'aspérule odorante ou le lotier corniculé ... plantes que nous découvrirons un peu plus tard ;-)

Les racines, qui sentent un peu l'anis, ont une affinité particulière pour les bronches. Les saponosides provoquent une irritation locale de la muqueuse gastrique, provoquant un réflexe vagal stimulant la sécrétion bronchique, entraînant dilution du mucus et diminution de sa viscosité.

En application cutanée, on utilisera la décoction de racines pour apaiser des contusions, et un macérat huileux avec les fleurs pour apaiser les inflammations de peau, les petites égratignures, les brûlures.

Effets indésirables éventuels et précautions d'emploi

Attention aux personnesallergiques aux Primulaceae : des réactions cutanées (dermatites, érythèmes) sont possibles au contact des primevères. Des troubles gastriques ont été observés avec les variétés horticoles. Par mesure de précaution, la primevère est contre-indiquée chez les patients souffrant d’asthme. Les personnes souffrant de gastrite ou d’ulcère de l’estomac doivent également s’abstenir de l’utiliser, la primevère étant irritante pour la paroi interne de l’estomac. Les effets de certains médicaments peuvent être augmentés par la prise de primevère : benzodiazépines et autres médicaments du psychisme, anesthésiques. Il est préférable de ne pas prendre de primevère pendant la grossesse. Les femmes qui allaitent devraient également s’abstenir d’en prendre, les substances actives de la primevère étant susceptibles de passer dans le lait. Enfin, L’usage de la primevère est contre-indiqué chez les enfants de moins de quatre ans. Il est déconseillé chez les enfants de moins de douze ans.


Éthique

Et si la primevère se présentait elle-même ? Bon, désolée, je ne parle pas (encore ?) le langage des plantes mais je me dis que peut-être la primevère fait partie des signaux qui annoncent aux oiseaux, aux insectes, que les températures remontent, même si les perce-neige et des nivéoles ont déjà fait une partie de cette tâche.

Si vous vous lancez dans la cueillette de plantes sauvages, je vous invite à le faire avec humilité et surtout dans les règles de l'art en faisant attention non seulement à vous (en prenant connaissance des risques de maladies possibles et les précautions à prendre) mais aussi au biotope que vous fréquenterez : les plantes ne sont pas des générations spontanées, elles ne poussent pas non plus uniquement pour nous servir.

Enfin, méfiez-vous de l'auto-médication. Utiliser les plantes (et d'autres approches naturelles) ne signifie pas s'abstenir de toute consultation médicale. Et pour les posologies, les formulations, demandez conseil à un praticien avisé (herbaliste, naturopathe, phytothérapeute,)


Sources :

http://www.wikiphyto.org

https://www.altheaprovence.com

https://www.vidal.fr

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