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  • Générations Nature

Peut-on réellement parler de santé mentale ?

Vous avez peut-être relevé ces derniers mois cette expression – santé mentale – qui, au cœur de cette période de crise, s'est invitée dans nos sources d'informations. Nous, nos enfants, nos aînés, nos proches, nos amis, nos collègues, nos voisins, bref nous tous, serions ainsi exposés à de graves dangers issus des mesures successives sensées nous protéger collectivement d'un virus. Mais peut-on réellement parler de « santé mentale » ? cette expression est-elle pertinente alors même que nous mesurons toute l'impasse dans laquelle la dissociation du corps et de l'esprit nous a enfermés ? Voici quelques réflexions que je vous partage en ce début 2022.


Décrire l'état psychologique


La santé mentale ressemble au dossier « à trier » ou « divers » que nous créons sur nos bureaux virtuels : on y retrouve un mélange de sujets, de fichiers, de formats qui n'ont en commun au fond que leur caractère inhomogène. Dépression, burn-out, phobie, anxiété, harcèlement, humiliation, troubles de l'attention, schizophrénie, troubles du spectre autistique, etc, etc. Autant de mots que d'état psychologique singulier, regroupés dans une catégorie : « la santé mentale ». Les fournisseurs de définitions nous annoncent :

. pour Wikipédia : « le bien-être psychique émotionnel et cognitif ou comme une absence de trouble mental. » … la santé est l'absence de maladies:-)

. pour l'ARS (agence régionale de santé, et plus précisément ici celle de la région PACA) : « La notion de santé mentale recouvre un champ très large qui renvoie à un état d’équilibre individuel et collectif et qui permet aux personnes de se maintenir en bonne santé malgré les épreuves et les difficultés. » … il faut être en bonne santé pour être en bonne santé :-)

. et pour l’OMS : « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter sa contribution à la communauté ». … le travail c'est la santé:-)

Pardon pour le trait d'ironie, définir un concept n'est pas une entreprise facile. Attardons-nous sur certaines des notions à la base de ces propositions de définition.

Bien-être, absence de trouble mental, capacité de faire face aux épreuves normales de la vie


La notion de bien-être étant ramenée à l'absence de troubles, comment ces troubles sont-ils identifiés ? En Occident, le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM pour Diagnostic and Statistical Manuel of Mental disorders) fait office d'ouvrage de référence. Sa première version, publiée en 1952 par l'association américaine de psychiatrie (APA), établissait 60 diagnostics ; Aujourd'hui, et depuis 2013, nous en sommes à la cinquième version, laquelle compile plusieurs centaines de troubles de la personnalité. DSM (et ses variantes, ex : DSM-IV, DSM V) est aussi une marque déposée par l'APA.

L'emploi du terme « troubles » à la place de « maladie » a élargi la portée du contenu de cette marque DSM. On y relève par exemple qu'une dépression se caractérise dès 15 jours de période d’irritabilité, de désintérêt ou d’insomnie.

Pour être en bonne santé mentale aujourd’hui, il faudrait donc être vierge de tout trouble décrit dans le DSM ? Mais qui dans sa vie n'a pas déjà fait l'expérience de troubles du sommeil, de l’appétit, de l’appétence à la vie etc. ? Est-ce que cela a du sens de standardiser des durées de deuils ou des réactions émotionnelles ? Du sens pour l'individu et son entourage ? Ou du sens pour le collectif et la productivité ?

Le fait d'être troublé ne fait-il pas de nous des êtres vivants justement ? L'absence de trouble aide t-elle à grandir, à se transformer, à se développer ?

Et que dire de cette capacité à « faire face aux difficultés normales de la vie ». De quelles difficultés s'agit-il ? Deuil, séparation, transition de vie ? Ou chômage, exclusion, isolement, péril écologique, crise sanitaire, crise économique, crise politique ?

Avec internet et l'accès facilité aux informations de toute sorte, de plus en plus de personnes s'auto-diagnostiquent : « je suis dépressif, je suis bipolaire, HPI ...». Mais réduire ainsi son identité (« je suis ») n'est-il pas une façon maladroite de ne pas (vouloir) voir que nous nous trouvons face à des difficultés de la vie, et que celles-ci perturbent notre équilibre global ?

Santé ou équilibre ?

Car là encore il est question d'équilibre (regardons la Nature!). De la même façon que le corps a tendance spontanément à équilibrer ses constantes physiologiques selon le principe d'homéostasie, la psyché, nous dit Jung, a une tendance naturelle à préserver la stabilité de ses composantes, notamment l'équilibre entre le moi (qui je crois être) et le Soi (qui va désigner tous les constituants du psychisme qui fondent l’individu, conscients et inconscients). N'est-ce pas cette rupture d'équilibre qu'il faut alors explorer, plutôt que de se figer dans une description, sous une étiquette ? rechercher le sens du symptôme et du malaise ? une dépression peut inviter à envisager de quitter un emploi qui au fond ne convient plus, à renoncer à des exigences trop hautes, à adoucir une recherche éperdue de perfection, à rompre des liens ou fixer de nouvelles règles, etc.

Parler de santé mentale, c'est encore diviser l'humain. Même s'il s'agit de prendre en compte une dimension longtemps ignorée voire même ridiculisée par certains médecins (« c'est dans la tête »). Division à l'échelle individuelle, car il faudrait s'assurer (auprès d'une autorité qui maîtrise le Manuel) du bon fonctionnement de nos pensées et de nos émotions, en occultant totalement que ces pensées et ces émotions peuvent naître et/ou être intimement liées à notre vécu corporel, social, relationnel. Il faut en finir définitivement avec cette dichotomie corps-esprit. Et division à l'échelle collective, car cette notion s'appuie sur des statistiques qui prétendent définir une norme (cf courbe de Gauss), mais qu'en est-il des singularités de chacun, que faire avec les individus à la marge de part et d'autre de cette courbe ?

Chercher à identifier ses déséquilibres et à se responsabiliser à hauteur des ressources que nous sommes en mesure de mobiliser pour faire face aux difficultés de notre vie, plutôt que de croire en l'illusion de réponses standard ou en la nécessité de « rentrer dans le moule » à tout prix.

En acceptant le terme santé mentale, et implicitement ses définitions et ses diagnostics, ne faisons-nous pas l'impasse sur l'âme ? Sur les mystères de la vie ? Toutes les médecines traditionnelles ont porté et conservent un regard multidimensionnel sur la santé humaine : tout est lié, interdépendant. Corps, esprit, âme, environnement, relations.

La notion de santé ne peut au fond se définir. C'est une recherche permanente d'équilibres, une recherche propre à chacun. C'est une quête sans fin mais nécessaire, parfois en solo, parfois avec du soutien externe, l'essentiel étant de ne pas s'arrêter, sinon on tombe ;-)



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