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Le sureau : l'arbre aux sorcières ou aux fées ?

L'été approche à grands pas et je suis loin de vous avoir présenté toutes mes voisines du printemps ! Mais les photos sont prêtes, les fiches suivront :-)

Ici je vais vous parler d'un petit arbre qui fleurit un peu partout à cette période (fin mai - juin) : le sureau noir. Vous lirez partout des alertes sur la confusion possible avec le sureau rouge ou le sureau hièble (ou yèble), je trouve que ces trois là, hormis porter le même nom, se distinguent pourtant facilement. Mais le sureau hièble étant toxique, mieux vaut savoir éviter les erreurs ... Cette présentation comparative peut vous y aider :

Photo B. Nicollet & M.G. Nicolas - PNE : à gauche le S hièble, au centre le S rouge et à droite le S noir. Le sureau hièble est une plante herbacée (pas de tronc, non ligneuse), qui sent une odeur étrange quand on la froisse, ses feuilles sont allongées ; le sureau rouge donnera des fruits rouges tandis que le sureau noir, dont les feuilles sont plus larges, donnera des baies noires - tout comme le hièble mais les baies de ce dernier seront orientées vers le haut (et non vers le bas comme celles du sureau noir).

Description


Le sureau appartient à la famille botanique des Caprifoliacées qui sont souvent des arbustes. C'est un arbrisseau de 2 à 5m de haut, parfois 10m, au tronc très ramifié. Les feuilles sont grandes, opposées et composées (5 à 7 folioles par feuille) ovales et dentées. Les fleurs blanches sont toutes petites, à 5 pétales, et regroupées en corymbes agréablement parfumés. Le sureau noir est aussi appelé Sambu ou Hautbois, et parfois l'arbre à sorcière - étrange d'autant que ses fleurs sont sensées abriter des fées :-) Le sureau est parfois cultivé comme arbre fruitier

Très connu par ici en Chartreuse, les habitués déguste des fleurs et ses baies sous diverses préparations (limonade, beignets, gelée, sirop, liqueurs ...). Les rameaux de sureau sont par ailleurs utilisés pour faire de petits instruments de musique (flûte, sifflet) une fois évidés, ces rameaux contenant une substance blanche qui a longtemps été utilisée comme chewing gum !

Le sureau peut accueillir une très grande variété d'insectes, d'où son intérêt aussi dans les haies.



Nous allons retrouver dans le sureau des mucilages (déjà évoqué, notamment chez la pâquerette et l'oxalis), des tanins (astringents), des glucosides (sambunigrine), une huile essentielle, et un alcaloïde (sambucine, anti-fongique extrait de l'écorce).


Usages


Culinaire :

Le sureau est une plante bien connue des cuisiniers des plantes comestibles et des gourmands. Pour ma part c'est la recette du Champagne des fées qui m'a séduite : rien que le nom c'est la promesse d'une boisson magique. On raconte que les fleurs de sureau noir abritent des fées, et il suffit de les plonger dans de l'eau sucrée pour qu'elles fassent pétiller les papilles. D'un point de vue naturo on est sur une boisson fermentée donc tout bon pour le microbiote. Je vous donne ma recette : 1 bonne poignée de fleurs débarrassées des parties vertes des corymbes (qui peuvent libérer une substance âcre et vomitive), 110g de sucre complet bio, 3 rondelles de citron bio, quelques lamelles de gingembre frais, une poignée de pétales de coquelicot, et 1 litre d'eau de source, le tout dans une bouteille en verre préalablement stérilisée. La durée de fermentation va varier selon la température de la pièce, plus il fait chaud, plus le processus se fera vite. Ensuite, on filtre et on place au frais pour consommer comme un champagne de qualité !




Médicinal:

Les propriétés médicinales du sureau sont connues depuis l'Antiquité : vertus diurétiques, propriétés cholagogues (facilite la sécrétion de bile) et fluidification des sécrétions bronchiques ont été utilisées par les premiers médecins de la lignée d’Hippocrate.

Les différentes parties de la plante ont des applications distinctes :

L'écorce interne des rameaux contient une résine purgative, elle est diurétique, laxative, analgésique, sédative (avec la présence de l'acide valérianique, qu'on retrouve dans la valériane) et employée en cas d’œdèmes, de néphrites ou de rhumatismes.

Les feuilles et les jeunes pousses feuillées, fraîches, ont les mêmes emplois en décoction ; en usage externe, elles sont vulnéraires : elles vont avoir un effet apaisant sur les morsures de vipères ou les piqûres de guêpes. Elles peuvent également servir à préparer des cataplasmes contre les entorses, les contusions.

Les fleurs, diurétiques et laxatives quand elles sont fraîches, sont très sudorifiques (ou diaphorétiques) : en cas de fièvre, l'infusion de fleurs de sureau va faciliter la transpiration, permettant ainsi à l'organisme fiévreux de mieux réguler sa température ; les fleurs vont aussi faciliter les sécrétions des bronches et stimuler le système immunitaire. Si vous voulez passer le prochain hiver sans grippe qui s'éternise c'est le moment de collecter vos fleurs de sureau et de les faire sécher ;-)

Les fruits crus sont plutôt purgatifs, mais on ne les ramasse pas pour cela ! c'est plutôt pour faire des confitures, mais honnêtement c'est dommage de priver les oiseaux de leur pitance pour faire des confitures fades, il y a des fruits bien plus adaptés à cette utilisation (mais la confiture c'est toujours essentiellement du sucre ;-)

Et il est intéressant de relever que les institutions de santé reconnaissent les effets du sureau : l’Agence européenne du médicament reconnaît l’usage traditionnel des fleurs de sureau noir pour soulager les symptômes du rhume, et l’Organisation mondiale de la santé décrit l’usage traditionnel des fleurs de sureau noir pour lutter contre la fièvre en favorisant la transpiration, comme expectorant dans les infections mineures des bronches, et pour soulager les symptômes du rhume.


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Souvenez-vous, si vous vous lancez dans la cueillette de plantes sauvages, je vous invite à le faire avec humilité et surtout dans les règles de l'art en faisant attention non seulement à vous (en prenant connaissance des risques de maladies possibles et les précautions à prendre) mais aussi au biotope que vous fréquenterez : les plantes ne sont pas des générations spontanées, elles ne poussent pas non plus uniquement pour nous servir.


Enfin, méfiez-vous de l'auto-médication. Utiliser les plantes (et d'autres approches naturelles) ne signifie pas s'abstenir de toute consultation médicale. Et pour les posologies, les formulations, demandez conseil à un praticien avisé (herbaliste, naturopathe, phytothérapeute,)

Sources :

altheaprovence.com

Les plantes sauvages comestibles et toxiques, F. Couplan & E. Styner

wikipedia.org

Cueillettes de mémoires, histoires d'hommes et de plantes en Bauges et Chartreuse, Jardin du monde, Montagnes

vidal.fr

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