• Générations Nature

La nature influence notre santé

L'art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la nature le guérit. Voltaire (1694 – 1778) La nature influence notre santé. Voilà une affirmation qui pour bon nombre d'entre nous sonne heureusement comme une évidence. Mais ce qui relève de l'évidence, de l'intuition, n'a que peu, voire pas du tout, de place dans le domaine médical et de la santé publique. Aussi, de plus en plus d'études sont menées pour comprendre les mécanismes de la relation homme-nature et leurs effets sur la santé, tant physique que psychiques. Ces recherches scientifiques éclairent autant la médecine classique que la naturopathie, et devraient permettre d'appuyer le développement de nouveaux programmes de prévention ainsi que d'accompagnement des soins. Le progrès a amené beaucoup de bénéfices dans les milieux médicaux et hospitaliers, mais ces derniers ont perdu de vue l'importance que tient l'environnement, le milieu dans lequel on vit – et dans lequel on se soigne. La prise en compte de la nature comme une ressource pour la santé, ou pour le moins pour favoriser la guérison, était pourtant bien présente comme en témoignent les lieux d'implantation des anciens sanatoriums, des anciens hôpitaux psychiatriques, construits dans des sites naturels magnifiques. Aujourd'hui les hôpitaux sont rapatriés vers les villes afin de réduire les coûts de la santé, et en parallèle, dans un contexte de changement climatique, les urbanistes se demandent comment rendre nos villes plus vertes …

La journaliste Pascale d'Erm nous partage dans son dernier ouvrage Natura les résultats de son enquête sur les vertus thérapeutiques de la nature, et nous révèle qu' « aujourd’hui, (une) communauté scientifique composée de médecins, de psychologues environnementaux, de chercheurs en sciences sociales et environnementales affirme qu’il existe suffisamment de preuves pour dire qu’une immersion, même brève, dans des environnements naturels a un impact positif sur tous les critères de santé, qu’ils soient aigus ou chroniques. La fréquentation de la nature a un effet direct sur la régulation du pouls, la pression artérielle, calme le système nerveux parasympathique autonome (garant du calme et de la digestion), et réduit l’émission de cortisol. Vivre au contact de la nature diminue les risques de maladies cardio-vasculaires, de diabète de type 2, d’obésité, modère les troubles de l’anxiété, l’hypertension et la dépression. Elle améliore nos capacités d’apprentissage, restaure notre concentration, rafraîchit notre mémoire de travail, atténue la fatigue mentale, et peut même accroître l’optimisme, l’empathie, l’altruisme et renforcer la confiance en soi. Pour les enfants, aller jouer dans la nature optimise les résultats scolaires, tempère les troubles de l’attention et l’hyperactivité, combat l’obésité, soutient leur construction identitaire et l’acquisition de comportements sociaux. » Matilda van den Bosch fait partie de ces chercheurs qui travaillent à démontrer les bénéfices des relations entre l'homme et la nature : « l'exposition à la nature est fondamentale pour la santé et le bien-être, et nous sommes dépendants d'écosystèmes sains pour être capable de développer des fonctions physiologiques. L'accès à la nature promeut l'activité physique, réduit le stress et favorise le maintien d'une bonne santé mentale ; il favorise également les interactions sociales. Or le stress chronique, la sédentarité, l'isolement social sont clairement des facteurs de risque de maladies de civilisation : diabète, obésité, maladies cardio-vasculaires, cancers, maladies respiratoires, désordres mentaux. »

La nature combat le stress

Henry David Thoreau (1817-1862) décrivait dans Walden où la vie dans les bois la nature comme « un lieu où mes nerfs sont apaisés, mes sens et mon esprit remplissent leur rôle ». Frederick Law Olmsted (1822-1903) fut l’un des premiers à promouvoir les vertus thérapeutiques des paysages naturels et à « valoriser les propriétés particulières de la nature pour réguler le système nerveux ». Architecte-paysagiste, concepteur notamment de Central Park, il considérait que la nature « réharmonise l’esprit et rééquilibre l’état physique et mental ». Son ambition était d’aider les personnes à combattre la morosité, la mélancolie ou l’irascibilité qui « nuisent au fonctionnement mental optimal ». Et, au-delà de ces effets positifs sur la santé, Olmsted considérait que la vigueur retrouvée dans la nature accroît le plaisir d’exister et la capacité à être heureux. Roger Ulrich, architecte, a commencé par étudier l'influence des espaces verts sur les émotions, mais ce sont ses travaux sur l'environnement hospitalier qui ont été les plus remarqués : dans son étude publiée en 1984 dans Science, il montre que les patients hospitalisés guérissent plus vite et avec moins d’antidouleurs si la fenêtre de leur chambre donne sur un parc. Ainsi la réaction physiologique au stress postopératoire est bien meilleure si les patients ont eu un contact, même visuel, avec la nature. Au Japon, dans les années 2000, les travaux du professeur Yoshifumi Miyazaki sur les bains de forêt ont montré que contempler la forêt, assis, durant quinze minutes, réduit le taux d'hormone de stress (le cortisol), réduit également le rythme du pouls, la pression artérielle systolique, l’activité sympathique, et augmente l’activité nerveuse parasympathique, celle garante du calme et de la digestion. Ces effets sont encore plus remarquables en associant au bain de forêt une marche lente. La nature favorise l'activité physique et ses effets bénéfiques

L'activité physique et l'exposition à la nature sont connus séparément pour avoir des effets positifs sur la santé physique et mentale. Mais lorsqu'ils sont associés (les anglo-saxons parlent alors de « green exercice »), les bénéfices sont encore plus importants, notamment sur la pression artérielle, l'estime de soi et l'humeur, comme l'ont montré les travaux du professeur Jules Pretty en 2005. Et les effets bénéfiques de l'activité physique sont d'autant plus marqués que l'accès à la nature, à des espaces verts est facilité. D'autres effets bénéfiques de la nature

Différentes études relevées par le Dr Matilda van den Bosch montrent que la nature impacte favorablement la santé des populations économiquement défavorisées, réduit les symptômes de l'ADHD chez les enfants (hyperactivité et déficit de l'attention), a des effets bénéfiques sur la grossesse, réduit la mortalité dans les mégapoles. La présence d'arbres dans les lieux publics diminue la violence et les taux de criminalité, et les espaces verts réduisent les effets d'îlots thermiques des architectures urbaines. Alors bien sûr, les espaces verts et les bains de forêts ne répondront pas à toutes les questions de santé, mais les impacts de la relation homme-nature sont tels qu'il n'est pas possible de les ignorer, aussi bien à l'échelle individuelle, familiale, que dans le cadre de la santé publique.

Et vous, à quand remonte votre dernière expérience de Nature ?



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