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Je veux être utile

« Je veux être utile ! »

Cette phrase, je l'ai entendue à de nombreuses reprises dernièrement, elle peut aussi prendre d'autres formes telles que « je cherche ma place » ou encore « je ne sais pas quel sens donner à ma vie ».

Elle fait non seulement écho à ma propre quête mais me ramène encore à l'écologie, et plus particulièrement à la niche écologique. Le mois dernier je vous parlais d'écosystèmes et de microbiote. Dans cet article, je vous parle de niche écologique et … de permaculture. Quel rapport avec la naturopathie ? D'autres angles de vue sur un même personnage, nous-mêmes !



La notion de niche écologique

La notion de niche écologique (1) traduit à la fois la « position » - autrement dit le rôle, la place - occupée par un organisme, une population ou plus généralement une espèce dans un écosystème, et la somme des conditions nécessaires à une population viable de cet organisme.

La description d'une telle « niche » se fait sur la base de deux types de paramètres :

1. des paramètres physico-chimiques caractéristiques des milieux où évolue l'organisme (et parfois significativement modifié par cet organisme !).

2. des paramètres biologiques, incluant les relations avec les espèces avoisinantes et la modification de l'habitat par l'organisme et la communauté d'espèces dans laquelle il s'inscrit (interactions durables).

Une niche écologique se définit encore comme un hypervolume où chaque dimension de l'espace représente une ressource (alimentaire, en matériaux, spatiale, offre en cachette, substrats ou perchoirs, etc.) ou une condition (température, précipitation, acidité, etc) de l'environnement. La quantité de ressources varie dans l'espace et dans le temps en fonction de l'activité de l'espèce. Les conditions et les ressources sont des conditions limitantes qu'on peut hiérarchiser pour étudier la vulnérabilité de l'espèce dans l'environnement.

On distingue deux sortes de niches la niche fondamentale, celle qui réunit tous les composants et toutes les conditions environnementales nécessaires à l'existence d'un organisme, et la niche réalisée : elle est proche ou ressemble à la niche fondamentale à laquelle un organisme est pratiquement adapté mais qu'il a été contraint d'occuper.

Comment trouver sa niche écologique ? Comment trouver sa place dans le monde ?

Au risque de vous décevoir je n'ai pas de réponses toutes faites à cette question. Et c'est heureux car s'il existait un mode d'emploi pour la vie ça se saurait, et surtout ce serait probablement très ennuyeux au final ! Vous pourrez vous appuyer sur des outils comme «l'ikigaï » (2).



Vous pouvez peut-être aussi réfléchir aux questions suivantes :

Suis-je en capacité de choisir une direction, une voie plutôt qu'une autre ? Autrement dit, ai-je suffisamment vécu d'expériences différentes pour pouvoir identifier dans ce vécu ce qui a fait sens et qui peut motiver un choix de direction. Avoir comme option noir ou noir foncé (3) ne permet pas de se sentir à l'origine d'un choix. Si la réponse est non, développez votre palette de couleurs, en explorant votre environnement (actuel ou en élargissant le périmètre), en rencontrant de nouvelles personnes, en développant de nouvelles interactions … A l'image du loup italien parti à la conquête d'un territoire plus vaste, pour y découvrir de nouvelles ressources:-). Sondez aussi vos croyances, vos certitudes, identifiez vos blessures, mettez vous en mouvement, de façon visible (le muscle est le contrepoids du nerf disait Debonnet, le loup ne trouvera pas sa pitance s'il ne se met pas en chasse) et invisible (observez vos émotions, vos pensées, vos rêves, ils ouvrent la porte sur des ressources jusque là méconnues). Et explorez avec intention, patience, attention et persévérance. Si la réponse est oui, il vous reste à analyser votre environnement et définir où et comment : dans quel habitat installer son nid, quelles interactions fiables et durables développer, ...


Trouver sa voie avec l'ikigaï (raison d'être en japonais) :

Vivre en accord avec son ikigaï, c'est trouver l'équilibre entre :

ce que j'aime (passion, mission)

ce dans quoi je suis bon (profession, passion)

ce dont le monde a besoin (mission, vocation)

ce pour quoi je peux être payé (vocation, profession)


Pensez à l'hypervolume, la quantité de ressources varie dans l'espace et dans le temps, les relations évoluent … il nous faut nous adapter en permanence, en ajoutant de nouvelles couleurs, en développant de nouvelles ressources – dans le respect de ce qui nous entoure. Se faisant, ce sont nos besoins existentiels que l'on cherche à combler. Et ces besoins sont par essence évolutifs, aussi nos niches peuvent l'être aussi. Explorer, se développer, s'adapter, pour un temps … car la vie est cyclique !

La permaculture dépasse largement le cadre de l'agriculture : c'est une nouvelle vision de l'homme dans son milieu (4), une approche conceptuelle qui a érigé la nature comme modèle (biomimétisme). Cette approche s'appuie sur une méthodologie (ou design) pour concevoir des systèmes durables et efficaces, et repose sur des éthiques (un ensemble de valeurs universelles), et des principes (les grandes lois universelles inspirées du fonctionnement de la nature), des stratégies (qui elles sont contextualisées). Les éthiques et les principes sont universels, et peuvent donc s'appliquer à toute réflexion.


Les éthiques nous indiquent :

a) de porter attention à la Terre, c'est elle qui nous porte, nous nourrit. Pour faire le lien avec l'ikigaï, être attentif à la Terre c'est porter notre attention sur les besoins de la nature qui nous environne, dans laquelle nous évoluons localement quotidiennement, sans oublier à plus large échelle si nous avons à nous déplacer.

b) de porter attention à l'humain, c'est l'espèce à laquelle nous appartenons, avec ses besoins propres, et ceux de ses membres individuels et communautaires. C'est préciser ce que l'on aime, être attentif à la nature des liens que l'on établit, que l'on nourrit et c) de redistribuer les surplus : en connaissant mieux nos besoins réels et essentiels cette redistribution devient plus évidente.

Quant aux principes, ils sont très nombreux et je focaliserai cette fois sur ceux qui peuvent nous être directement utiles pour notre thématique (et qui font d'ailleurs partie intégrante de la naturopathie) :

1) Observer et interagir : tout projet de permaculture commence par l'observation. A commencer par soi-même : être à l'écoute de son corps, de ses émotions, observer ses pensées, ses croyances, ses

comportements, ses réactions, ses interactions et voir ce qu'il se passe quand on expérimente de nouvelles habitudes. Un journal de bord sera un bon compagnon dans cette phase.

2) Intégrer plutôt que séparer : vous n'êtes pas fils ou fille de … + collègue d'untels, + conjoint de x ou y + père ou mère, + ami (e) de Pierre, Paul ou Jacqueline, +... un corps et un mental, … Vous êtes avant tout une personne, et avoir une vision globale et intégrée de vos multiples casquettes, facettes, relations, vous permettra de mettre en évidence des potentialités, des ressources.

3) Accepter les feedbacks, les limites, et réagir de manière créative : personne n'est omniscient, totipotent, c'est en écoutant les remarques (souvent il faut les demander!), en acceptant de voir ses limites, que l'on peut faire un pas de plus si l'on sait tirer parti de ces informations.

4) un élément, plusieurs fonctions, à l'exemple de la poule en liberté qui fait sa vie de poule, et se faisant produit des oeufs, de l'engrais et contribue à réguler (parfois !) les limaces. L'utilisation de la philosophie et de la méthodologie de la permaculture en santé mérite de plus amples développements tellement le sujet est vaste ! Ce sera pour un prochain article:-)… La vie est cyclique je soulignais plus haut, et il s'agit plus précisément de spirale :


La spirale de la vie

Tout est cyclique : les saisons, la rotation des planètes, le cycle des femmes, … Pourtant on ne repasse finalement jamais au même point, le temps s'écoule et l'expérience grandit. Certains évoquent ainsi la notion de spirale.

« Être attentif aux cycles, aux marées, aux saisons, et percevoir ce mouvement cyclique dans son parcours de vie, (...) s’apparente alors à une spirale de vie. La première, celle que nous avons tous en commun, commence à la conception, « quand nos vrais parents biologiques – en réalité un ovule et un spermatozoïde – se rencontrent pour former un embryon, puis un foetus qui se construit déjà sous les influences extérieures filtrées par sa mère. Au lieu de voir la vie comme une trajectoire linéaire de progression, les cycles renvoient au fait qu'il y a des invariants, des constantes, un ADN, que l'on peut découvrir en soi. » (5).

Les théories développées par les psychologues (Maslow, Graves, Beck…) font le même constat : l'humain évolue non pas de façon linéaire, mais en spirale, par analogie avec ce qu’on trouve dans la nature (coquillage, ADN, constellations,…). La forme de la spirale fait écho à la nature de la pensée, à la fois en évolution continue et revenant cycliquement à son point de départ pour y prendre appui. Dans le modèle de spirale dynamique (6) « la psychologie de l'être humain mature est un processus en spirale évolutif, émergent et oscillant, marqué par la subordination progressive des systèmes de comportement plus anciens à des systèmes plus récents et d'ordre supérieur à mesure que les problèmes existentiels de l'individu changent.»

Les problèmes existentiels de l'individu changent, sa niche écologique, et donc son ou ses rôles, vont donc aussi changer. Une jeune pousse d'arbre qui commence à se développer a besoin de ressources (nutritives minéraux, eau, lumière) mais aussi de sécurité (contre les chevreuils par exemple !) ; ses interactions avec son environnement sont réduites mais vont prendre de plus en plus d'ampleur au fur et à mesure, pour devenir un arbre capable d'offrir de l'ombre, un habitat pour d'autres êtres vivants, un réseau pour communiquer avec d'autres congénères …. Les rôles de la jeune pousse dans son environnement ne sont pas les mêmes que ceux de l'arbre adulte.

Et les écosystèmes (environnement familial, social, professionnel, culturel) dans lesquels nous évoluons sont eux-mêmes dynamiques. Ce qui implique aussi une adaptation. Autrement dit, si vous ne trouvez pas (plus) votre niche écologique (rôle) au sein de votre écosystème, vous pouvez aussi songer à changer d'écosystème (ce que ne peut pas faire l'arbre, en tous cas pas de lui-même!).

Ce type d'analogie me fait aussi penser à la notion d'âme. « L'âme est comme la graine qui contient la destinée de l'arbre : c'est la part de nous-même qui porte ce pour quoi nous sommes nés, qui sait ce qui est essentiel pour nous de faire de notre vie en tant qu'individu. Comme la noisette contient en germe toutes les particularités du noisetier, l'âme nous pousse à réaliser les potentiels uniques qui nous caractérisent.

Les indiens Navajos parlent d'Hozho, c'est la raison d'être pour laquelle les hommes sont ici sur terre. Ce mot désigne un cercle symbolique à l'intérieur duquel se trouvent la beauté, la joie, la compassion, la prospérité, l'amour, la conscience, la santé, l'harmonie et l'humour.

En écoutant les messages de notre âme, nous découvrons nos singularités, nos talents, nos connaissances innées, nos valeurs essentielles, nos aspirations les plus profondes, notre vocation ainsi que la place qui nous est destinée dans notre communauté humaine et dans le monde : l'âme est la niche écologique de chaque être est amené à occuper dans la nature. » (7). Plusieurs « outils » peuvent aider à écouter les messages de l'âme (rêve, voyage dans l'imaginaire, quête de vision …) et de dialoguer avec elle (rituel, récit initiatique, les créations spontanées). Le langage de l'âme emprunte les canaux du psychisme, du corps, et aussi de la nature : l'âme, nous dit le poète, se manifeste par des signes, des synchronicités, des coïncidences, des clins d'oeil perceptibles dans la nature sauvage.

D'où la nécessité de revenir au vivant.


S'unir au vivant

La question de l'importance de la place de la nature dans nos vies devient de plus en plus présente. Boris Cyrulnik évoque l’influence de l'environnement naturel sur notre propre modèle de développement. Plus que jamais, les paradoxes de notre existence se révèlent au grand jour. C'est ce qu'il sous-entend dans le concept de psychoécologie, avec l'idée d'une relation qui semble trop se distendre entre la nature et notre condition humaine, alors que nous sommes, d'après lui, bien plus sculptés qu'on ne le pense par notre espace naturel. « Notre culture a perdu la boussole, nous naviguons à vue, bousculés par les événements [...] Il nous faut reprendre un cap, car nous venons de comprendre que l’homme n’est pas au-dessus de la nature, il est dans la nature ». (8) Pour les indiens Kagaba de Colombie (les Kogis) un problème de santé trouve sa source dans la relation de la personne à la nature. « Au niveau personnel le cheminement que tu as eu dans ton existence, les dysfonctionnements que tu as eu dans ta relation avec la nature vont s'incarner sous forme de dysfonctionnements cellulaires. C'est la nature de la dysharmonie qui va générer un type de maladies dans le corps » nous explique Eric Julien.(4)


J'espère dans cet article avoir éclairé et nourri un peu votre quête de sens, n'hésitez pas à partager vos retours si vous en avez envie :-)



Références :

1) https://www.techno-science.net/glossaire-definition/Niche-ecologique.html (dernière consultation le 11 mars 2021)

2) Christie Vanbremeersch, Trouver son Ikigaï, éditions First

3) La Forêt nourricière, Permaculture, synergie dans les rapports humains, Auto-édition 2015

4) Bill Mollison & David Holmgren, Perma – culture 1, éditions Charles Corlet, 2014, Préface de Dominique Soltner.

5) Frederika Van Ingen. Ce que les peuples racines ont à nous dire, de la santé des hommes et de la santé du monde. Editions Les liens qui libèrent, janvier 2020

6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Spirale_dynamique (dernière consultation le 12 mars 2021)

7) Thierry Touvenot, S'unir au vivant, Editions Flammarion, 2020


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